5

La Bretagne et ses habitants ont inspiré beaucoup d'auteurs, comme Jacqueline Rivière, première femme scénariste de l'histoire de la BD en France, qui écrivit les premiers scénarios de la célèbre Bécassine, dessinée par Pinchon et éditée dans la semaine de Suzette. Très vite, c'est Maurice Languereau, l'éditeur du magazine, qui, sous le pseudonyme de Caumery (anagramme de son prénom), va écrire les scénarios de la plus connue des servantes bretonnes.

Au début du XXe siècle, en effet, la servante bretonne est une figue emblématique parisienne. La misère, avivée par la crise sardinière de 1902 et par le déclin des tisserands, contraint beaucoup de jeunes Bretonnes à l'exode rural, notamment vers la capitale. Elles sont ouvrières, bonnes, postières...

On compte quelques 100 000 bonnes d'origine bretonne à Paris dans les années 1900.

Mais avant d'aborder le sujet, il est important, nous semble-t-il, d'en faire un rapide historique.

Sa définition

Que signifie « bande dessinée » si ce n'est le moyen de raconter des histoires par le biais d'une séquence d'images en noir et blanc ou en couleur ?

La bande dessinée peut se présenter sous différentes formes : elle peut être muette (dessins sans texte), elle peut mêler l'image au texte, soit à l'extérieur du dessin, soit à l'intérieur, inscrit dans une « bulle » ou dans une « cartouche ».

Le graphisme est multiple, il peut être réalisé sous différentes formes : réaliste, dans un esprit « gros nez », comme Vick et Vicky, les personnages dessinés par le rennais Bruno BERTIN. La bande dessinée est essentiellement un média de masse qui est exploité sous toutes les formes de supports que notre société peut utiliser aujourd'hui.

Ses appellations

En voici quelques exemples :

Chez les Anglo-Saxons, les termes utilisés sont : comics (comiques), funnies (amusants) ou comic strip (bande comique). Dans les années 80, deux nouveaux termes vont s'imposer dans le langage : graphic novel (roman graphique) et sequential art (art séquentiel).

La bande dessinée en Italie est appelée fumetti (fumées). Notons ici que le phylactère (la bulle de texte dans le dessin) définit son terme par sa forme de nuage de fumée.

En Espagne, la première revue de bandes dessinées (TBO, 1917) donne son nom aux bandes dessinées : tebeos, mais on parle aussi souvent d'historietas (historiettes).

Au Japon, on utilise le mot manga, qui est généralement traduit par « images dérisoires ».

En Chine, on parle de lianhuanhua (images enchaînées), et parfois de manhua. A noter que la bande dessinée chinoise est composée de livres qui ne contiennent qu'une image par page. Cette image est accompagnée d'un récitatif, et, de manière rarissime, de phylactères.

En Corée, on parle de manhwal.

Dans les pays scandinaves, le mot tegneserie (norvégien) ou tecknad (suédois) signifie : « série de dessins ».

Et enfin dans les pays francophones, outre le mot « bande dessinée », on parle d'« illustrés », « livres illustrés » et de petit Mickey, des mots qui évoquent un public enfantin.

Son anatomie

Un certain nombre de mots et de définitions décrivent les différents éléments qui la composent.

- la case est une vignette contenant le dessin

- le strip (de l'anglais « bande ») ou bandeau est une suite de cases, disposées sur une ligne.

- la planche est un ensemble de cases, souvent disposées sur plusieurs lignes.

- les bulles ou phylactères sont souvent des textes intégrés aux vignettes, destinés aux dialogues des personnages. Les bulles sont le plus souvent rondes (d'où leur nom), mais elles peuvent avoir différentes formes. La « queue » de la bulle désigne le personnage qui parle ou qui pense.

- les récitatifs sont des cartouches qui sont généralement situées au bord des vignettes et servent aux commentaires en « voix off ». Ils ont pour particularité de donner des indications de temps, de lieu, d'explication d'une action. Exemple : « Non loin de là... », « Au moment même où Vick récupérait l'objet... »

- un album est un recueil de planches qui peuvent appartenir à une même série, à un même auteur ou à un même thème (albums collectifs). On parle facilement d'album pour un ouvrage cartonné et proche du format A4. Les plus petits qui sont reliés par des agrafes sont appelés comics.

- une série est un ensemble d'albums du même personnage.

- une onomatopée est un mot dont le son imite celui de l'objet qu'il représente.

Maintenant que vous savez ce qu'est une bande dessinée, présentons ces auteurs qui séjournent ou ont séjourné dans notre belle région de Bretagne et qui participent ainsi à la richesse culturelle.

Il paraît qu'après la région parisienne c'est le deuxième foyer le plus important de la création francophone.

Elle fait partie de ces terres que privilégient les créateurs de bandes dessinées. Citons quelques auteurs qui ont forgé notre passé, par exemple l'un des plus célèbres, qui habitait Saint-Servan près de Saint-Malo, mais trop peu honoré par manque de connaissance de notre part : nous voulons parler du créateur de SPIROU. A la demande des éditions DUPUIS pour un magazine qu'elles voulaient lancer, le dessinateur Robert Velter mieux connu sous le pseudonyme de Rob-Vel, créa ce jeune groom au Moustique Hôtel, sa rencontre avec Spip, et toutes les aventures entre 1938 et 1943. Hélas, durant la Seconde Guerre Mondiale, il est mobilisé. Sa femme Davine, aidée de Luc Lafnet, tente brièvement de reprendre les rênes de Spirou, mais il devient de plus en plus difficile, depuis la France, de faire parvenir des planches en Belgique. Rob-Vel et Davine sont contraints d'abandonner leur « enfant » et de confier la série à Jijé. Rob-Vel a appris son métier aux côtés du dessinateur américain Martin Branner, qu'il assiste sur la série Winnie Winkle. Toujours dans ces mêmes années apparaît l'illustré Ololê des frères Caouissin, où Etienne Le Rallic faisait merveille. Les albums de Pierre Péron, les Aventures extraordinaires de Peskett (1937), et aussi Sibirilis (1947).

Ces pionniers qui réalisaient des « Mickey » ont donné les lettres de noblesse et suscité les vocations pour ce magnifique métier. Ils pouvaient être dessinateurs, mais aussi tout simplement des passionnés, comme Gérard Gourraud qui fonda dans les années 70 l'A.R.E.A.

Ils ont donné aussi l'impulsion à des vocations pour la création d'ateliers improvisés ou presque, comme Fournier avec des jeunes auteurs, Plessix, Hiettre, … aux fanzines, Korkidu, tentacules aux nombreuses revues, telles que la Frite équatoriale, Atchoum, Kure Brelevenez... et la célèbre revue des années 80 : Frilouz, créée par Gérard Cousseau, plus connu sous les pseudonymes de GEGE, FERRU..., avec son complice Jean-Loïc Belhomme (BELOM).

Plusieurs jeunes auteurs firent leurs premières armes dans ces magazines afin de devenir connus et reconnus par le grand public.

D'autres se lancèrent dans l'aventure de l'autoédition avec, comme précurseur, le talentueux Malo Louarn qui, de 1978 à 981, ne se contenta pas de ses nombreux succès éditoriaux au journal de Tintin et aux éditions Ouest-France...

Puis d'autres suivirent, comme Pierre Péron, qui célébra en album le folklore brestois, Charles Kerivel avec le quotidien douarneniste, Pierre Stéphan : la rivalité séculaire entre Bigoudens et Glazigs, Michel Schetter, Reynal Secher, Yanick Messager, et Bruno Boutteville.

Aujourd'hui, la Bretagne compte des centaines d'auteurs, célèbres ou non, qui vivent de leur art ou rêvent d'en vivre. On peut citer des noms prestigieux comme Claude Auclair et Alain Deschamps (Bran Ruz, réalisé en 1981), mais aussi le scénariste Serge Le Tendre (La Quête de l'oiseau du temps..), le dessinateur Dominique Lidwine (Loup d'Oz...), Malo Louarn (Les Aventures de Rona), François Bourgeon (Les passagers du vent), Jean-Charles Kraehn (les Aigles décapités), Laurent Vicomte (la Balade au bout du monde), René Le Honzec (l'Histoire de la Bretagne), le scénariste David Chauvel avec les dessinateurs Jérôme Lereculey (Arthur) et Erwan Le Saëc (Ce qui est à nous...), Fanny Montgermont (Elle), Samuel Buquet (Pirates, corsaires...), Stéphane Duval (Aëla), Laurent Lefeuvre (Les Lutins Comestibles, Tom et William), Bruno Thielleux (Némo), Dominique Mainguy (Les Routiers), le scénariste Tarek et les dessinateurs Lionel Chouin (le Star fou...), Vincent Pompetti (Sir Arthur Benton), Albert Blesteau (Toupet), Emmanuel Reuzé (Ubu Roi), le scénariste Patrick Cothias (les 7 vies de l'Epervier), Stéphane Heurteau (Itinérêve...), Serge Lindier (Alan), Jean-Paul David (Madame Goudig), Eve Tharlet (Monsieur Blaireau et Madame Renarde), le talentueux Serge Mogère, Yanick Messager, … Et nous souhaitons la bienvenue en Bretagne à Nicolas Malfin (Golden City). etc...

Et les Aventures de Vick et Vicky, créées en 1994 par le rennais Bruno Bertin, dessinateur et scénariste. Il a décidé, comme le fit Malo Louarn avant lui, de prendre sa destinée en main en créant, en 1990, sa propre société d'édition, qui compte aujourd'hui plus d'une trentaine d'auteurs publiés. C'est l'une des rares maisons d'édition de BD qui possède une vraie ligne éditoriale en Bretagne.

Avant de clore ce petit tour d'horizon de la « BD en Bretagne », il est bon de signaler qu'il a existé un site qui,dans un esprit d'ouverture et de pluralité, avait le mérite de présenter les auteurs de Bretagne : www.kuzul.org. Ce site fut créé à l'initiative du Conseil Culturel de Bretagne et réalisé bénévolement par l'auteur Bruno Bertin.